Exercices d’orthophonie à la maison : 10 jeux qui aident vraiment (3-8 ans)
Par Joris, papa et créateur de Parle ! ·
Votre enfant est sur une liste d’attente, et le premier rendez-vous chez l’orthophoniste est dans six mois, peut-être un an : selon la Fédération nationale des orthophonistes, ce n’est pas rare. Ou bien il est déjà suivi, une demi-heure par semaine, et vous vous demandez comment l’aider entre deux séances. Dans les deux cas, la même question : qu’est-ce que je peux faire, moi, à la maison ? Beaucoup. Les études sont nettes : quand les parents apprennent quelques gestes simples, le langage de l’enfant progresse. Voici 10 exercices de cinq minutes, inspirés de ce que font les orthophonistes, en deux familles : ceux qui font grandir le langage (les mots, les phrases) et ceux qui travaillent la prononciation (les sons).
Avant de commencer : trois règles
- Court et tous les jours. Cinq minutes par jour valent mieux qu’une heure le samedi. Choisissez un moment fixe : après le bain, sur le chemin de l’école, avant l’histoire du soir.
- Un jeu, jamais une interrogation. S’il ne s’amuse plus, on arrête pour aujourd’hui. Un enfant qui se sent évalué parle moins.
- Montrer, pas corriger. Quand un mot sort mal, vous le redites bien, naturellement (« oui, un gâteau ! »), sans lui demander de répéter. C’est le geste que les orthophonistes appellent reformuler.
5 exercices pour le langage (les mots et les phrases)
1. Le commentateur
Pendant qu’il joue, racontez ce qu’il fait en phrases courtes et claires, comme un commentateur sportif : « la voiture monte… monte… et elle tombe ! ». Pas de question, rien à lui demander : vous lui donnez les mots au moment exact où il vit la chose. C’est l’exercice le plus simple, et l’un des plus efficaces.
2. Un mot de plus
Reprenez ce qu’il dit en ajoutant un seul mot. Il dit « eau » ; vous répondez « encore de l’eau ? ». Il dit « chien court » ; vous dites « le chien court vite ». Vous lui montrez la marche suivante, sans en sauter aucune.
3. Le sac à surprises
Glissez quatre ou cinq objets de la maison dans un sac en tissu : une cuillère, une chaussette, une petite voiture. Il en sort un sans regarder, vous le nommez ensemble, puis vous inventez ce qu’il fait : « la cuillère mange la soupe ». Changez les objets chaque semaine.
4. Ceci ou cela ?
Au lieu de « qu’est-ce que tu veux ? », proposez deux choix qui contiennent le mot : « tu veux une pomme ou une banane ? ». Il a le modèle juste au moment où il en a besoin, et sa réponse lui sert tout de suite.
5. L’histoire à trous
Dans une histoire qu’il connaît par cœur, arrêtez-vous avant le dernier mot de la phrase et attendez : « et le loup souffla, souffla, et la maison… ». Comptez jusqu’à cinq dans votre tête avant de compléter vous-même. Ce silence, c’est son tour de parole. Cette façon de lire en faisant parler l’enfant, la lecture dialoguée, fait partie des approches les mieux étudiées pour enrichir son vocabulaire.
5 exercices pour la prononciation (les sons)
6. Écouter avant de dire
Avant de lui demander un son difficile, faites-le-lui entendre souvent. Choisissez cinq mots qui contiennent le son qui lui pose problème (pour le CH : « chat, chaussure, cheval, vache, bouche ») et glissez-les dans un jeu ou une histoire, un peu plus lentement et bien articulés, sans lui demander de les répéter. L’oreille prépare la bouche.
7. Pareil ou pas pareil ?
Dites deux mots qui ne changent que d’un son : « poisson / poison », « chou / sou », « gâteau / râteau », « pain / bain ». Il vous dit si c’est pareil ou pas, ou il montre la bonne image. Bien entendre la différence entre deux sons aide à apprendre à les dire : des études l’ont montré chez des enfants qui avaient des difficultés de prononciation.
8. Du son au mot
S’il arrive à faire un son tout seul (le « sss » du serpent, le « rrr » du moteur), passez vite aux syllabes (« sa, so, si ») puis à des mots courts (« sac, soleil »). Un son qui n’existe que tout seul ne sert pas quand on parle : le but, c’est toujours le mot, puis la phrase.
9. Taper les syllabes
Tapez une fois dans vos mains par syllabe : « pa-pi-llon », trois fois ; « chat », une seule. Ça aide les enfants qui mangent des syllabes dans les mots longs (« nabulance » pour ambulance), et c’est aussi ce que fait l’école maternelle pour préparer la lecture. Essayez avec son prénom, ceux de la famille, les animaux.
10. Les bruits de la maison
Le serpent (« sss »), le train (« tchou-tchou »), le moteur (« vroum »), le « chut » du bébé qui dort : chaque bruit fait répéter un son difficile sans que personne n’appelle ça un exercice. Pour les sons qui reviennent le plus souvent, nous avons des jeux plus détaillés pour le R et pour l’enfant qui zozote.
Ce qui a peu de preuves : souffler, les grimaces
Beaucoup de listes trouvées en ligne proposent de souffler sur des bougies, de gonfler des ballons, de boire à la paille ou de faire des « praxies » (tirer la langue, la monter vers le nez, la passer d’un côté à l’autre). Comme jeu, ça ne fait pas de mal. Mais une revue Cochrane n’a trouvé aucune preuve solide que ces mouvements sans parole améliorent à eux seuls la prononciation : la bouche apprend un son en le disant dans des syllabes et des mots. L’orthophoniste peut en donner dans certains cas précis ; dans ce cas, suivez son conseil. Sinon, gardez vos cinq minutes pour les jeux ci-dessus.
Pendant l’attente du bilan
- Notez les progrès. Un petit carnet avec les mots nouveaux et les sons qui arrivent : l’orthophoniste en a besoin le jour du bilan, et vous, il vous montre que votre enfant avance.
- Filmez une courte vidéo de votre enfant qui parle dans un moment calme. Au cabinet, beaucoup d’enfants intimidés ne disent presque rien.
- Faites vérifier l’audition si ce n’est pas fait : on ne peut pas bien dire ce qu’on entend mal. Votre médecin peut orienter vers un ORL.
- Cherchez une place plus tôt. Liste d’attente commune, rayon élargi, centres : toutes les pistes sont dans notre article liste d’attente chez l’orthophoniste : que faire en attendant ?
Questions fréquentes
Combien de temps par jour faut-il faire ces exercices ?
Cinq à dix minutes, tous les jours ou presque, valent bien plus qu’une longue séance le week-end. Mieux vaut s’arrêter quand votre enfant s’amuse encore que d’insister jusqu’à ce qu’il se lasse.
Peut-on commencer avant le bilan orthophonique ?
Oui pour les jeux de langage et d’écoute de cet article : ils stimulent tous les enfants et ne peuvent pas faire de mal. Le travail intensif d’un son précis, lui, attend l’avis de l’orthophoniste : c’est le bilan qui dit quel son travailler et par où commencer. Ces jeux ne remplacent pas le bilan : prenez rendez-vous, et jouez pendant l’attente.
Souffler dans une paille ou faire des grimaces aide-t-il à mieux prononcer ?
Comme jeu, ça ne fait pas de mal. Mais les études n’ont pas montré que souffler, gonfler les joues ou bouger la langue sans parler améliore la prononciation à lui seul. Une bouche apprend un son en le disant dans des syllabes et des mots. Si l’orthophoniste vous en donne pour un cas précis, suivez son conseil.
Mon enfant est déjà suivi : ces jeux font-ils doublon avec les séances ?
Non, ils les prolongent. Demandez à l’orthophoniste quel son et quel niveau travailler cette semaine (le son seul, la syllabe, le mot ou la phrase) et choisissez les jeux qui y correspondent. Ce qui se passe à la maison entre deux séances compte beaucoup.
À partir de quel âge ?
Les jeux de langage dès 2 ans. Les jeux de sons et de syllabes ont plus de sens à partir de 3 ans, quand l’enfant fait déjà des petites phrases.
Sources
- Roberts et Kaiser (2011) — Efficacité des interventions menées par les parents sur le langage, méta-analyse (en anglais)
- Roberts et coll. (JAMA Pediatrics, 2019) — Former les parents et développement du langage (en anglais)
- Mol et coll. (2008) — La lecture dialoguée parent-enfant, méta-analyse (en anglais)
- Rvachew (1994) — L’entraînement de l’écoute aide l’apprentissage des sons (en anglais)
- Lee et Gibbon (Cochrane, 2015) — Exercices oro-moteurs sans parole et troubles des sons (en anglais)
- FNO — La pénurie d’orthophonistes