Liste d’attente chez l’orthophoniste : que faire en attendant le rendez-vous ?
Par Joris, papa et créateur de Parle ! ·
Vous avez l’ordonnance. Vous avez appelé un cabinet, puis cinq, puis dix. Partout, la même réponse : « On vous inscrit sur la liste, mais comptez un an. » Vous n’y êtes pour rien : la France manque d’orthophonistes, et selon la Fédération nationale des orthophonistes, attendre un an n’est pas rare. La bonne nouvelle, c’est que ces mois n’ont pas à être du temps perdu. Voici comment obtenir une place plus vite, ce qu’il faut faire tout de suite, comment préparer le bilan, et ce qui aide vraiment votre enfant à la maison pendant l’attente.
D’abord, multipliez vos chances d’avoir une place
- Inscrivez-vous sur plusieurs listes. C’est l’usage, et les cabinets le savent. Le jour où une place se libère, prévenez les autres : votre place fera avancer une autre famille.
- Élargissez le rayon. Quinze ou vingt minutes de route en plus peuvent changer l’attente du tout au tout. L’annuaire santé de l’Assurance Maladie (annuairesante.ameli.fr) liste les orthophonistes commune par commune.
- Donnez des précisions au téléphone : l’âge de votre enfant, ce qui vous inquiète, depuis quand. Certains cabinets organisent leur liste en fonction de l’âge ou de la situation.
- Rendez-vous disponible. Dites que vous pouvez venir au pied levé en cas d’annulation, ou sur des horaires moins demandés, et demandez quand vous pouvez rappeler.
- Pensez aux centres. Si votre médecin s’interroge aussi sur d’autres aspects du développement, il peut orienter vers un CAMSP (avant 6 ans) ou un CMPP, où des orthophonistes travaillent en équipe. Ils sont pris en charge par l’Assurance Maladie, mais ont souvent, eux aussi, leurs délais.
Ce qu’il faut faire tout de suite, sans attendre
- Faire vérifier l’audition. Nul besoin d’attendre l’orthophoniste pour ça : on ne peut pas bien dire ce qu’on entend mal, et une otite peut laisser du liquide derrière le tympan qui baisse l’audition sans aucune douleur. Votre médecin peut orienter vers un ORL.
- En parler à l’école. Si votre enfant est en maternelle, l’enseignant le voit tous les jours parmi des enfants de son âge : son regard compte. Le bilan de santé des 3-4 ans, fait à l’école par la PMI, peut aussi comprendre un dépistage du langage, selon les départements.
- Rappeler le médecin si les choses changent : s’il perd des mots qu’il disait, ne réagit plus à son prénom, ou si votre inquiétude grandit. Attendre un bilan ne doit pas en retarder un autre. Les signes à surveiller sont détaillés dans notre article sur l’enfant qui ne parle pas à 2 ans.
Préparez le bilan : le carnet d’attente
Le jour du bilan, l’orthophoniste verra votre enfant une heure, peut-être intimidé, peut-être muet. Vous, vous le voyez parler tous les jours. Un petit carnet tenu pendant l’attente lui apporte ce qu’elle ne pourra pas observer elle-même :
- les mots qu’il dit, et comment il les dit : « tato » pour gâteau, « sien » pour chien ;
- ce que comprennent les personnes qui le connaissent moins bien ;
- les moments où il parle le plus, et ceux où il se tait ;
- s’il parle peu en dehors de la maison, deux ou trois courtes vidéos du quotidien (demandez au cabinet si elles sont utiles).
Ce qui aide vraiment à la maison
En attendant, le plus utile n’est pas de faire faire des exercices : c’est de multiplier les bons échanges. Cinq gestes comptent plus que les autres :
- Reformuler sans corriger. Il dit « le tato ! » ; vous répondez « Oui, un gâteau ! Un gros gâteau au chocolat. » Il entend le bon modèle sans se sentir repris.
- Laisser venir la réponse. Après une question, comptez jusqu’à cinq dans votre tête avant de répondre à sa place.
- Raconter le quotidien. Mettez des mots sur ce que vous faites ensemble : le bain, les courses, la recette.
- Cinq minutes de livre. Nommer les images, pointer, s’arrêter pour qu’il complète.
- Éteindre la télé de fond. Même quand personne ne la regarde, elle réduit les échanges.
Ce qu’il vaut mieux éviter pendant l’attente
- Faire répéter ou corriger à chaque phrase. La pression fait parler moins, pas plus.
- Commencer seul des exercices d’articulation trouvés en ligne. Sans bilan, on ne sait pas quel son travailler ni par où commencer : c’est justement le métier de l’orthophoniste.
- Le comparer à son frère, à sa cousine ou aux enfants de la crèche, surtout devant lui.
- Vous culpabiliser. Vous n’êtes pas la cause de ses difficultés, et en vous en occupant, vous faites déjà beaucoup.
Et les écrans, les applis ?
Le carnet de santé est clair : pas d’écran avant 3 ans, même en fond ; entre 3 et 6 ans, un usage limité, réservé à des contenus éducatifs, toujours avec un adulte. Avant 3 ans, donc, pas d’appli : les gestes ci-dessus suffisent largement. Après 3 ans, une appli peut trouver sa place si c’est un moment à deux, de quelques minutes, qui fait parler votre enfant au lieu de le faire seulement écouter.
Aucune appli ne remplace le bilan ni les séances : elle ne pose pas de diagnostic et ne sait pas quel son votre enfant a besoin de travailler.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il attendre pour voir un orthophoniste ?
Cela dépend beaucoup de la région. Plusieurs mois, c’est courant ; un an n’est pas rare, selon la Fédération nationale des orthophonistes ; dans les zones les moins bien pourvues, l’attente peut approcher deux ans. S’inscrire sur plusieurs listes et élargir le rayon restent les moyens les plus efficaces de la raccourcir.
Une téléconsultation peut-elle remplacer le premier rendez-vous ?
Non. Le bilan initial se fait obligatoirement en présence de l’enfant. Le télésoin n’est possible qu’ensuite, pour une partie des séances, avec l’orthophoniste qui a fait le bilan.
Faut-il une ordonnance ?
Pour être remboursé, oui : sur prescription médicale, le bilan et les séances sont pris en charge à 60 % par l’Assurance Maladie, le reste par la complémentaire santé. Demandez l’ordonnance à votre médecin dès que la question se pose, sans attendre d’avoir trouvé une place.
Faut-il faire des exercices de prononciation en attendant ?
Pas d’exercices ciblés avant le bilan : c’est l’orthophoniste qui dira quel son travailler, et comment. En revanche, tout ce qui multiplie les échanges — reformuler, lire, chanter, jouer — aide votre enfant et ne peut pas lui faire de mal.
Et si les difficultés s’arrangent pendant l’attente ?
Tant mieux ! Parlez-en avec votre médecin ou avec le cabinet avant d’annuler : soit le bilan confirmera que tout va bien, soit votre place pourra servir à une autre famille qui attend.